Applied AI · DĂ©butant 🟱 · Session 3
📝 Guide du professeur
← Retour au programme 📄 Source .md

Guide du professeur — Session 3 : Le langage des machines 🟱

Programme : Applied AI — Niveau DĂ©butant Instructeur : Yann Isola DurĂ©e conseillĂ©e : 2 h (adaptable 1 h 30 – 2 h 30) Public : grand public dĂšs 12 ans, aucun prĂ©requis technique Session prĂ©cĂ©dente : Session 2 (dĂ©couverte des chatbots) Session suivante : Session 4


🎯 Objectifs pĂ©dagogiques

À la fin de la session, chaque participant doit ĂȘtre capable de :

  1. Expliquer avec ses mots qu’un ordinateur ne comprend pas le texte : il calcule avec des nombres.
  2. DĂ©finir ce qu’est un token et dĂ©couper un mot simple en tokens plausibles.
  3. Expliquer l’idĂ©e d’embedding : des mots transformĂ©s en coordonnĂ©es, oĂč les mots proches en sens sont proches sur la carte.
  4. DĂ©crire la fenĂȘtre de contexte comme une « mĂ©moire de travail » limitĂ©e.
  5. ReconnaĂźtre une hallucination de l’IA et citer 2 rĂ©flexes pour la repĂ©rer.
  6. Expliquer l’effet de la tempĂ©rature sur les rĂ©ponses d’une IA.

🧭 Fil rouge de la session

La grande idĂ©e : quand vous Ă©crivez Ă  une IA, elle ne « lit » pas vos mots comme vous. Elle les dĂ©coupe en morceaux, les transforme en nombres, calcule
 puis reconvertit des nombres en mots. Toute la magie — et toutes les limites — viennent de lĂ .

MĂ©taphore filĂ©e Ă  utiliser toute la sĂ©ance : l’IA est un touriste avec un dictionnaire de nombres. Elle ne parle pas notre langue, mais elle a un immense livre de correspondances et une calculatrice gĂ©niale.


⏱ DĂ©roulĂ© minute par minute

Temps Activité Format
0–10 min Accueil + rappel session 2 + question choc PlĂ©niĂšre
10–25 min Partie 1 — L’ordinateur ne comprend rien (et pourtant
) ExposĂ© interactif
25–45 min Partie 2 — Tokens et vocabulaire ExposĂ© + mini-jeu
45–60 min Partie 3 — Les embeddings : la carte des mots ExposĂ© + dĂ©mo webpage
60–70 min ☕ Pause —
70–85 min Partie 4 — La fenĂȘtre de contexte (la mĂ©moire de travail) ExposĂ© + jeu du tĂ©lĂ©phone
85–100 min Partie 5 — Hallucinations : quand l’IA invente ExposĂ© + exemples
100–110 min Partie 6 — La tempĂ©rature : le curseur crĂ©ativitĂ© DĂ©mo webpage
110–115 min ActivitĂ© finale — Le laboratoire des paramĂštres Ateliers en binĂŽmes
115–120 min Quiz + synthĂšse + teaser session 4 PlĂ©niĂšre

📖 Contenu dĂ©taillĂ© par partie

Partie 0 — Ouverture (0–10 min)

Question choc Ă  poser d’entrĂ©e :

« Quand vous envoyez “Bonjour, comment ça va ?” Ă  ChatGPT
 est-ce qu’il lit votre message ? »

Laisser débattre 2 minutes. La plupart diront oui. Réponse à révéler :

« Non. Il ne voit jamais vos mots. Il voit une suite de nombres. Aujourd’hui, on dĂ©couvre le langage secret des machines. »

Rappel express session 2 (2 min) : on a appris à discuter avec un chatbot. Aujourd’hui on ouvre le capot.


Partie 1 — L’ordinateur ne comprend rien (10–25 min)

Message clé : un ordinateur ne manipule que des nombres. Toujours. Le texte, les images, la musique : tout devient des nombres.

À dire :

DĂ©monstration au tableau : Écrire « CHAT » → montrer que la machine voit quelque chose comme [67, 72, 65, 84] (codes des lettres) ou, pour une IA moderne, un seul numĂ©ro de token, ex. 9846 ⚠ (les numĂ©ros exacts varient selon les modĂšles — donner ceci comme un exemple illustratif, pas une valeur officielle).

Analogie pour les 12 ans :

« Imaginez un ami qui ne parle que le langage des numĂ©ros de tĂ©lĂ©phone. Pour lui parler, il faut traduire chaque mot en numĂ©ro. Pour comprendre sa rĂ©ponse, il faut retraduire ses numĂ©ros en mots. L’IA, c’est cet ami. »

PiĂšge Ă  Ă©viter : ne pas dire « l’IA comprend le sens ». Dire plutĂŽt : « l’IA calcule des relations entre les nombres, et ces relations imitent la comprĂ©hension — souvent trĂšs bien ».


Partie 2 — Tokens et vocabulaire (25–45 min)

Définition simple :

Un token = un morceau de texte que l’IA traite d’un coup. Parfois un mot entier, parfois un bout de mot, parfois juste une ponctuation ou un espace.

Exemples Ă  Ă©crire au tableau ⚠ (les dĂ©coupages exacts varient selon les modĂšles ; ceux-ci sont illustratifs et rĂ©alistes) :

Texte Découpage possible en tokens
chat chat (1 token)
intelligence intelli + gence (2 tokens)
aujourd’hui aujourd + ' + hui (3 tokens)
anticonstitutionnellement anti + constitution + nellement (3–5 tokens)
😀 1 Ă  3 tokens (les emojis aussi sont dĂ©coupĂ©s !)

Pourquoi découper ? Trois raisons à expliquer :

  1. Il y a trop de mots. Rien qu’en français : des centaines de milliers de formes (conjugaisons, pluriels
). Impossible de tous les numĂ©roter.
  2. Les morceaux se recombinent. Avec « anti », « constitution » et « nellement », on peut fabriquer plein d’autres mots. C’est comme des briques de LEGO.
  3. Les mots inconnus deviennent gérables. Un mot jamais vu (« schtroumpfologie ») sera découpé en petits morceaux connus.

Le vocabulaire :

Mini-jeu « Le tokeniseur humain » (8 min) : En binĂŽmes, dĂ©couper ces mots en morceaux « logiques » (comme le ferait une IA) : ordinateur, incroyablement, parapluie, chatbot, refaire Comparer les dĂ©coupages entre binĂŽmes. Point clĂ© : il n’y a pas une seule bonne rĂ©ponse — chaque modĂšle a son propre dĂ©coupage, appris automatiquement selon la frĂ©quence des morceaux dans ses textes d’entraĂźnement.

Fait amusant Ă  partager : le français « coĂ»te » souvent plus de tokens que l’anglais pour dire la mĂȘme chose (environ 1,2× Ă  2× ⚠), parce que la plupart des modĂšles ont Ă©tĂ© entraĂźnĂ©s surtout sur de l’anglais. C’est pour ça que certains services facturent au token !

Transition : « OK, chaque token a un numĂ©ro. Mais le numĂ©ro 9846 ne dit rien sur le sens de “chat”. Comment la machine sait-elle que “chat” ressemble plus Ă  “chien” qu’à “brouette” ? RĂ©ponse : les embeddings. »


Partie 3 — Les embeddings : la carte des mots (45–60 min)

Définition simple :

Un embedding (mot anglais qu’on peut traduire par « plongement » — retenir surtout : coordonnĂ©es de sens) = transformer chaque token en un point sur une carte. Les mots de sens proche sont voisins sur la carte.

Analogie de la carte de France :

« Sur une carte, Paris a des coordonnĂ©es, Lyon a des coordonnĂ©es. On peut mesurer la distance entre les deux. Les embeddings, c’est pareil, mais au lieu de la gĂ©ographie, la carte reprĂ©sente le SENS. “Chat” et “chien” sont voisins. “Chat” et “facture” sont Ă  l’opposĂ©. »

À dessiner au tableau (carte 2D) :

        roi ‱        ‱ reine
        homme ‱      ‱ femme

   chien ‱  ‱ chat
        ‱ hamster            ‱ pizza
                             ‱ sushi

La magie de l’arithmĂ©tique des mots : Écrire au tableau la cĂ©lĂšbre Ă©quation :

roi − homme + femme ≈ reine 👑

Explication : si on prend les coordonnĂ©es de « roi », qu’on enlĂšve la direction « homme » et qu’on ajoute la direction « femme », on atterrit prĂšs de « reine ». La direction « masculin → fĂ©minin » est une flĂšche sur la carte, la mĂȘme pour plein de paires de mots.

Autres exemples Ă  faire deviner :

⚠ PrĂ©cision honnĂȘte : cette arithmĂ©tique marche bien sur les anciens modĂšles de mots (comme word2vec, 2013) et sert ici d’intuition. Les IA modernes utilisent des embeddings plus complexes, mais l’idĂ©e « sens = position sur une carte » reste valable.

Point technique Ă  simplifier : en vrai, la « carte » n’a pas 2 dimensions mais des centaines, voire des milliers ⚠. Dire : « Imaginez une carte non pas en 2D mais en 1000D. Impossible Ă  visualiser pour nous, facile Ă  calculer pour la machine. Nous, on l’écrase en 2D pour la regarder. »

Démo webpage : ouvrir webpage/index.html, onglet « Carte des mots ». Faire glisser les mots, montrer les groupes (animaux, nourriture, royauté, émotions). Tester le mode « équation magique ».


☕ Pause (60–70 min)


Partie 4 — La fenĂȘtre de contexte (70–85 min)

Définition simple :

La fenĂȘtre de contexte = tout ce que l’IA peut « garder en tĂȘte » d’un coup : votre conversation, vos documents, ses propres rĂ©ponses. MesurĂ©e en tokens.

Message clĂ© : l’IA n’a PAS de mĂ©moire permanente de votre conversation. À chaque message, elle relit toute la conversation depuis le dĂ©but (tout ce qui tient dans la fenĂȘtre) et calcule la suite.

Analogie de la table de travail :

« Imaginez que vous faites vos devoirs sur une petite table. Vous pouvez y poser 10 feuilles maximum. Si une 11e feuille arrive, il faut en faire tomber une — en gĂ©nĂ©ral la plus ancienne. La fenĂȘtre de contexte, c’est cette table : tout ce qui est dessus, l’IA le voit ; tout ce qui est tombĂ©, elle l’a oubliĂ©. »

Conséquences concrÚtes à donner :

  1. Dans une trĂšs longue conversation, l’IA peut oublier ce que vous avez dit au dĂ©but.
  2. Si vous ouvrez une nouvelle conversation, elle repart de zĂ©ro (sauf fonctions de mĂ©moire spĂ©ciales de certaines applis ⚠).
  3. Les modĂšles rĂ©cents ont des fenĂȘtres de plus en plus grandes — de quelques milliers Ă  plus d’un million de tokens ⚠ (chiffres qui Ă©voluent trĂšs vite, Ă  vĂ©rifier au moment du cours). Un million de tokens ≈ plusieurs gros romans.

Jeu du tĂ©lĂ©phone inversĂ© (5 min) : Demander Ă  un volontaire de mĂ©moriser une liste de 15 courses lue une seule fois. Il en retient ~7. Conclusion : « Vous avez une fenĂȘtre de contexte, vous aussi ! Celle de l’IA est plus grande, mais elle existe et elle a une limite. »

Astuce pratique Ă  donner : si une conversation devient trĂšs longue et que l’IA « perd le fil », deux rĂ©flexes :


Partie 5 — Les hallucinations (85–100 min)

Définition simple :

Une hallucination = quand l’IA affirme avec assurance quelque chose de faux ou d’inventĂ© : une fausse date, un livre qui n’existe pas, une citation fabriquĂ©e.

Pourquoi ça arrive ? (l’explication qui dĂ©coule de toute la session) :

Formule Ă  faire retenir :

« L’IA est une machine Ă  produire du plausible, pas du vrai. Souvent les deux coĂŻncident. Pas toujours. »

Exemples typiques d’hallucinations à citer :

Comment les repĂ©rer — les 4 rĂ©flexes Ă  afficher :

  1. 🔍 VĂ©rifier les faits importants ailleurs (moteur de recherche, source officielle) — surtout dates, chiffres, noms, citations.
  2. 🎯 Se mĂ©fier du trop prĂ©cis : plus un dĂ©tail est prĂ©cis et invĂ©rifiable, plus il faut se mĂ©fier.
  3. 🔗 Demander les sources : « D’oĂč vient cette information ? Donne-moi la source. » (Attention : l’IA peut aussi inventer des sources ⚠ — il faut cliquer et vĂ©rifier.)
  4. ⚖ RĂšgle des enjeux : plus la dĂ©cision est importante (santĂ©, argent, devoirs notĂ©s), plus il faut vĂ©rifier.

Point de nuance : les hallucinations diminuent avec les nouveaux modĂšles et les outils de recherche intĂ©grĂ©s ⚠, mais elles n’ont pas disparu. Le rĂ©flexe de vĂ©rification reste indispensable.


Partie 6 — La tempĂ©rature (100–110 min)

Définition simple :

La tempĂ©rature = un curseur qui rĂšgle le hasard dans le choix des tokens. Bas = l’IA choisit presque toujours le token le plus probable (rĂ©ponses sages, prĂ©visibles). Haut = elle laisse leur chance aux tokens moins probables (rĂ©ponses surprenantes, crĂ©atives
 ou incohĂ©rentes).

Analogie du distributeur de fin de phrase : Écrire au tableau : « Le ciel est
 » et les probabilitĂ©s imaginaires :

« TempĂ©rature basse : l’IA dit presque toujours “bleu”. TempĂ©rature moyenne : parfois “gris” ou “magnifique”. TempĂ©rature trĂšs haute : un jour, elle dira “en fromage”. »

Quand utiliser quoi (tableau pratique) :

Situation Température
RĂ©sumĂ©, traduction, code, maths Basse 🧊
RĂ©daction Ă©quilibrĂ©e, e-mails Moyenne đŸŒ€ïž
Brainstorming, poĂ©sie, idĂ©es folles Haute đŸ”„

⚠ Note : dans la plupart des chatbots grand public, on ne peut pas rĂ©gler la tempĂ©rature directement — elle est fixĂ©e par le service. Certaines interfaces pour dĂ©veloppeurs le permettent. Mais on peut l’imiter avec des consignes : « rĂ©ponds de façon trĂšs classique » vs « sois audacieux et surprenant ».

DĂ©mo webpage : onglet « Labo tempĂ©rature ». MĂȘme question, curseur Ă  0 → 1 → 2. Faire rire la salle avec le mode chaotique.


ActivitĂ© finale — Le laboratoire des paramĂštres (110–115 min)

En binĂŽmes, sur la page web interactive (ou sur un vrai chatbot si connexion disponible) :

  1. Choisir une question dans le labo température.
  2. Tester en froid / moyen / chaud. Noter la réponse préférée et pourquoi.
  3. Dans le tokeniseur, trouver le mot français qui coûte le plus de tokens.
  4. Sur la carte des mots, trouver la paire de mots la plus surprenante (proche alors qu’on ne s’y attendait pas).

Restitution éclair : chaque binÎme donne sa découverte préférée en une phrase.


Clîture (115–120 min)

Les 6 phrases à retenir (faire répéter ou afficher) :

  1. L’ordinateur ne comprend pas les mots : il calcule avec des nombres.
  2. Le texte est découpé en tokens, chacun a un numéro.
  3. Les embeddings placent les mots sur une carte du sens : proches en sens = proches en coordonnées.
  4. La fenĂȘtre de contexte est la mĂ©moire de travail de l’IA — grande, mais limitĂ©e.
  5. L’IA produit du plausible, pas du vrai : gare aux hallucinations, on vĂ©rifie.
  6. La température rÚgle le curseur entre prévisible et créatif.

Teaser session 4 : « Maintenant qu’on sait COMMENT la machine lit
 la prochaine fois, on apprend Ă  lui PARLER pour obtenir exactement ce qu’on veut. »

Quiz de 10 questions (voir quiz/quiz.md) — en classe entiùre ou individuel.


⚠ PiĂšges pĂ©dagogiques et FAQ anticipĂ©e

« Mais alors l’IA ne comprend rien du tout ? » RĂ©ponse nuancĂ©e : elle n’a pas de comprĂ©hension comme la nĂŽtre, mais ses calculs capturent tellement de relations entre les mots que le rĂ©sultat fonctionne comme de la comprĂ©hension dans beaucoup de cas. Le dĂ©bat philosophique « est-ce comprendre ? » est ouvert — et c’est une excellente question.

« Pourquoi l’IA m’a menti alors ? » Elle ne « ment » pas (mentir suppose une intention). Elle produit le texte le plus probable. Éviter le vocabulaire moral ; prĂ©fĂ©rer « elle s’est trompĂ©e » ou « elle a hallucinĂ© ».

« ChatGPT se souvient de moi d’une fois sur l’autre ! » Certaines applis ajoutent une fonction mĂ©moire (notes stockĂ©es Ă  part et rĂ©injectĂ©es dans le contexte) ⚠. Ce n’est pas le modĂšle qui se souvient : c’est l’application qui recolle des notes dans la fenĂȘtre.

« C’est quoi les vrais numĂ©ros des tokens ? » Ils dĂ©pendent du modĂšle. Insister : les exemples du cours sont illustratifs. Ce qui compte, c’est le principe.

SensibilitĂ© des chiffres : tout ce qui est marquĂ© ⚠ (tailles de vocabulaire, tailles de fenĂȘtres, taux d’hallucination) Ă©volue vite. VĂ©rifier avant chaque session.


📩 MatĂ©riel